Quand on parle du prix de l’électricité, on cite presque toujours un chiffre national. Il cache pourtant de fortes différences d’un territoire à l’autre. Une étude publiée fin octobre 2026 montre que la facture d’électricité dans le Sud-Ouest est parmi les plus lourdes de France, à la fois en euros et rapportée aux revenus des habitants. Le Tarn-et-Garonne, le Gers, le Lot-et-Garonne et la Dordogne se retrouvent dans le haut du tableau, tandis que les Landes et la Haute-Garonne affichent les plus fortes baisses de consommation du pays. Explications.
Une carte des factures que personne n’avait dressée
Publiée le 25 octobre 2026 par le site Comparons l’énergie, l’étude « Le vrai coût de l’électricité dans chaque département » repose sur un rapprochement inédit de trois sources publiques. La première est Enedis, qui publie la consommation de ses 34 229 966 compteurs résidentiels, ici pour 2025 et 2019, par département et par commune. La deuxième est l’INSEE et son niveau de vie médian par département (Filosofi 2023). La troisième est la CRE, qui fixe le Tarif Bleu : en option Base 6 kVA au 1er août 2026, 190,81 € d’abonnement annuel et 0,2001 € par kilowattheure.
En appliquant le même tarif à la consommation moyenne de chaque territoire, l’étude obtient une facture type comparable partout. Elle la rapporte ensuite au niveau de vie local, ce qui donne un indicateur de « poids » de l’électricité. Le résultat prend la forme d’un classement des 94 départements desservis par Enedis, complété par des cartes, une fiche par département et un module consacré aux communes. Au plan national, la facture type s’établit à 1 016 € par an pour 4 126 kWh consommés par foyer.
Le Sud-Ouest en haut du classement
Avec 5 354 kWh par foyer et une facture type de 1 262 € par an, le Tarn-et-Garonne arrive au premier rang des 94 départements, soit 246 € de plus que la moyenne nationale. Ses voisins ne sont pas loin :
| Département | kWh par foyer (2025) | Facture type | Rang facture | Poids dans le niveau de vie | Évolution depuis 2019 |
|---|---|---|---|---|---|
| Tarn-et-Garonne | 5 354 | 1 262 € | 1er | 5,2 % | −10,6 % |
| Gers | 5 058 | 1 203 € | 7e | 4,9 % | −10,7 % |
| Lot-et-Garonne | 4 960 | 1 183 € | 9e | 5,0 % | −8,3 % |
| Dordogne | 4 904 | 1 172 € | 11e | 4,9 % | −7,5 % |
| Landes | 4 689 | 1 129 € | 20e | 4,4 % | −13,6 % |
| Gironde | 4 302 | 1 052 € | 44e | 3,9 % | −10,6 % |
| Haute-Garonne | 3 942 | 980 € | 69e | 3,6 % | −13,5 % |
Le contraste avec la région parisienne est saisissant : un foyer parisien consomme en moyenne 2 602 kWh, pour une facture type de 711 €. Entre Paris et le Tarn-et-Garonne, l’écart atteint 551 € par an, du simple au double.
Des maisons, des radiateurs électriques et des revenus modestes
Trois ingrédients expliquent ce classement. Le premier est le type de logement. Les départements ruraux du Sud-Ouest comptent peu d’appartements : environ 21 % de logements collectifs dans le Tarn-et-Garonne, 18 % dans le Gers, 15 % en Dordogne, quand la médiane des départements est proche de 33 %. Or une maison individuelle, plus grande et plus exposée au froid, consomme davantage qu’un appartement entouré de voisins.
Le deuxième est le chauffage. D’après les données de logement reprises par Enedis, 41 % des résidences principales du Tarn-et-Garonne et des Landes sont équipées d’un chauffage électrique, contre une médiane de 27 % pour l’ensemble des départements. Là où les convecteurs dominent, chaque hiver se lit directement sur le compteur, d’où l’intérêt croissant pour la pompe à chaleur ou pour une isolation des combles bien menée.
Le troisième tient aux revenus. Le niveau de vie médian atteint 24 350 € par an dans le Tarn-et-Garonne (70e sur 94) et 23 730 € dans le Lot-et-Garonne (86e). Rapportée à ces revenus, la facture type pèse 5,2 % dans le premier et 5,0 % dans le second, pour une médiane départementale de 4,2 %. Le Tarn-et-Garonne cumule ainsi la facture la plus élevée et le poids le plus lourd de France. L’étude mesure d’ailleurs une corrélation de −0,67 entre niveau de vie et poids de la facture : plus un département est modeste, plus l’électricité y pèse. Une précision s’impose : cet indicateur sert à comparer les territoires entre eux, il ne correspond pas à la part du budget que les ménages consacrent réellement à l’électricité. Il éclaire néanmoins un contexte où l’inflation pèse déjà sur les dépenses courantes.
Mais aussi les plus fortes baisses de France
Le Sud-Ouest n’est pas seulement la région des grosses factures. C’est aussi là que la consommation a le plus reculé depuis 2019. Les Landes occupent la première place avec −13,6 %, passant de 5 428 à 4 689 kWh par foyer, juste devant la Haute-Garonne (−13,5 %). En moyenne par département, l’Occitanie (−10,7 %) est la troisième région qui a le plus réduit sa consommation, derrière l’Île-de-France (−11,2 %) et la Provence-Alpes-Côte d’Azur (−10,8 %).
L’explication rejoint le constat précédent : c’est le chauffage électrique qui recule, par la sobriété, l’isolation et le remplacement des convecteurs. L’étude relève une corrélation de −0,65 entre l’ampleur de la baisse et la part des résidences chauffées à l’électricité. Dans le Tarn-et-Garonne, la consommation est passée de 5 986 à 5 354 kWh par foyer, ce qui efface 127 € de facture annuelle à tarif constant. La Dordogne (−7,5 %) et le Lot-et-Garonne (−8,3 %) ont en revanche moins réduit leur consommation que la moyenne.
Montauban et Toulouse, deux visages d’un même Sud-Ouest
Le module communal de l’étude permet de descendre plus finement. À Montauban, un foyer consomme en moyenne 4 302 kWh, en baisse de 10,3 % depuis 2019 : c’est nettement moins que la moyenne du département, un écart qui tient vraisemblablement à un habitat plus dense que dans les campagnes alentour. Elle se classe 20 618e sur les 25 217 communes de 100 compteurs et plus.
Toulouse, elle, tombe à 2 679 kWh par foyer (24 818e), avec une baisse de 13,2 %. Ville dense, dans un département où plus de la moitié des foyers vivent en logement collectif, elle tire la moyenne de la Haute-Garonne vers le bas, ce qui explique pourquoi ce département, pourtant voisin du Tarn-et-Garonne, ne se classe que 69e pour la facture.
Ce que les moyennes nationales ne disent pas
Le principal apport de l’étude est de rendre visible ce que le chiffre national efface. Une facture type de 1 016 € n’a guère de sens pour un foyer gersois chauffé à l’électricité, ni pour un Toulousain en appartement. En croisant consommation, revenus et tarif, elle montre que la question du coût de l’électricité se pose très différemment selon le territoire, à l’heure où les arbitrages du budget de l’État touchent directement les ménages.
Pour aller plus loin, chaque département dispose de sa fiche, avec ses communes les plus gourmandes et les plus sobres. Les résultats complets sont téléchargeables en deux fichiers tableur, l’un pour les départements, l’autre pour les communes, et seront actualisés chaque année au rythme des données Enedis.
Les limites à garder en tête
- Un foyer est un compteur. Les résidences secondaires et les logements vacants entrent dans la moyenne. En Dordogne et dans les Landes, où ils représentent environ un compteur sur quatre, la consommation des habitants permanents est probablement sous-estimée.
- La facture type est un étalon. Elle ignore les offres de marché, les heures creuses, Tempo et les puissances supérieures à 6 kVA.
- Le périmètre est celui d’Enedis. La Corse et l’outre-mer sont hors champ, et dix départements, aucun de ceux cités ici, sont en partie desservis par une entreprise locale de distribution.
Questions fréquentes
Pourquoi le Tarn-et-Garonne a-t-il la facture la plus élevée ?
Parce qu’il cumule une forte proportion de maisons individuelles, un chauffage électrique répandu (41 % des résidences principales) et une consommation moyenne de 5 354 kWh par foyer, la plus élevée des 94 départements couverts.
Le « poids dans le niveau de vie » correspond-il au budget des ménages ?
Non. Il rapporte la facture type d’un foyer au niveau de vie médian par unité de consommation. C’est un outil de comparaison entre départements, pas une mesure de ce que chaque ménage dépense réellement.
La consommation baisse-t-elle aussi dans le Sud-Ouest ?
Oui, et fortement. Aucun département français n’est en hausse depuis 2019, et les Landes (−13,6 %) comme la Haute-Garonne (−13,5 %) enregistrent les plus fortes baisses du pays.
Sources
- Enedis Open Data : consommation et thermosensibilité d’électricité par département
- INSEE : Filosofi, niveau de vie par département
- CRE : données ouvertes sur les tarifs réglementés
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Politique éditoriale
