Elles mesurent quelques millimètres, passent inaperçues dans un jardin ou un champ de céréales, et pourtant elles rendent un service considérable à l’agriculture : les guêpes parasitoïdes régulent naturellement les populations d’insectes nuisibles. Une étude menée par le Centre de Recherche sur la Biodiversité et l’Environnement (CRBE, CNRS/IRD/Université de Toulouse) montre que la multiplication des vagues de chaleur affaiblit sérieusement ces précieuses alliées des cultures.
Des alliées discrètes des agriculteurs
Contrairement aux guêpes que l’on chasse d’une terrasse en été, les guêpes parasitoïdes ne piquent pas l’homme. Leur mode de reproduction est en revanche redoutable pour les ravageurs : la femelle pond ses œufs à l’intérieur ou à la surface d’un autre insecte, qui sert d’hôte. Les larves se développent en consommant progressivement ce dernier, avant de le tuer. Ce cycle en fait des régulateurs naturels des populations de nuisibles, utilisés depuis longtemps par les agriculteurs comme alternative ou complément aux traitements phytosanitaires, notamment en lutte biologique sous serre et en plein champ.
Ce que révèle l’étude du CNRS
Publiés dans la revue Ecology Letters, les travaux du CRBE ont testé expérimentalement les interactions entre quatre espèces de parasitoïdes tropicaux et sept espèces de drosophiles hôtes, sous deux scénarios thermiques : un réchauffement de 4°C, portant la température à 28°C, et un refroidissement équivalent, ramené à 20°C.
- À 28°C, le taux de réussite du développement des parasitoïdes chute brutalement.
- Les insectes affaiblis ne parviennent plus à exploiter qu’un nombre réduit d’espèces hôtes, alors qu’ils sont naturellement capables de s’attaquer à plusieurs nuisibles différents.
- À l’inverse, le refroidissement à 20°C n’a qu’un effet modéré sur leurs performances.
Autrement dit, ce ne sont pas les hivers plus doux qui menacent ces insectes utiles, mais bien les pics de chaleur, de plus en plus fréquents et intenses à mesure que le climat se réchauffe.
Un calendrier biologique bouleversé
Au-delà de l’effet direct de la chaleur sur leur développement, le changement climatique perturbe aussi le calendrier biologique de nombreux insectes. Plusieurs espèces émergent désormais plus tôt au printemps et en été. Ce décalage peut désynchroniser la présence des insectes auxiliaires de celle de leurs proies : lorsque les ravageurs prolifèrent sur les cultures, leurs prédateurs naturels ne sont plus systématiquement au rendez-vous, ce qui réduit d’autant leur efficacité au moment où elle serait la plus utile.
Quelles conséquences pour l’agriculture ?
Ce double effet, développement affaibli et désynchronisation saisonnière, fait craindre aux chercheurs une hausse des populations d’insectes nuisibles dans les années à venir, avec un risque accru de pertes pour les cultures. Pour les exploitations qui misent sur la lutte biologique plutôt que sur les pesticides, cette fragilisation des auxiliaires naturels constitue un signal d’alerte : elle pourrait pousser certains producteurs à revenir vers des traitements chimiques, à rebours des objectifs de réduction des phytosanitaires. Les chercheurs appellent à mieux prendre en compte ces équilibres écologiques fins dans les stratégies d’adaptation au changement climatique, qu’il s’agisse de grandes cultures ou de jardins particuliers, où ces mêmes insectes rendent des services similaires. Ce sujet s’inscrit plus largement dans les enjeux traités dans notre rubrique Ecologie – Climat.
Les amateurs de jardinage, eux aussi concernés par l’équilibre de leur potager, peuvent retrouver nos conseils dans la rubrique Maison et Jardin, tandis que les avancées de la recherche sur ces sujets sont à suivre dans notre rubrique Science et Technologie.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une guêpe parasitoïde ?
C’est un insecte, généralement de très petite taille, qui pond ses œufs dans ou sur un autre insecte hôte. Les larves se nourrissent de cet hôte durant leur développement, ce qui finit par le tuer et régule ainsi les populations de nuisibles.
Pourquoi la chaleur affaiblit-elle ces insectes ?
Selon l’étude du CRBE, une élévation de 4°C perturbe fortement leur développement et réduit le nombre d’espèces hôtes qu’ils parviennent à exploiter, alors qu’un refroidissement équivalent n’a qu’un impact limité sur leurs performances.
Quelles solutions existent pour les agriculteurs ?
Les chercheurs recommandent d’intégrer ces fragilités climatiques dans les stratégies de lutte biologique, par exemple en diversifiant les auxiliaires utilisés et en adaptant les périodes d’introduction de ces insectes aux nouveaux calendriers saisonniers.
Sources
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Politique éditoriale
